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mardi 24 février 2015

Les mois d'avril sont meurtriers - Robin Cook

Collection Série Noire (n° 1967), Gallimard
Première parution en 1984
Trad. de l'anglais par Jean-Bernard Piat



« – Tout ça a été bouilli, dit Bowman, et puis ne nous étendons pas sur le sujet, d'accord? Surtout en roulant, ça me donne envie de dégobiller, et j'ai vu presque tout. Voilà pourquoi il n'y a pas d'empreintes, il n'y avait plus de peau sur les doigts – on l'a fait complètement bouillir, on l'a fait cuire, tu vois?»
Un sergent dont on ne saura jamais le nom travaille, toujours seul, sur des crimes non résolus, sordides, peu médiatisés et dont tout le monde se moque. Quatre sacs ont été retrouvés bien alignés dans un entrepôt de Londres, au bord de la Tamise. Ils contiennent des restes humains et annoncent la traque implacable d'un psychopathe à l'étrange bonne conscience…




"Le noir, c'est raconter la mort aux vivants"

Mon avis :
Lorsque la police découvre un cadavre bouilli, découpé en morceaux et emballé bien proprement dans des sacs-poubelle, c'est un sergent enquêteur qui est en charge de l'affaire.
Le cliché habituel du flic écorché,  torturé et solitaire aurait pu me lasser, mais non ! C'est un enquêteur dont nous n'apprendrons jamais le nom.
Mais qu'importe... le personnage est bien travaillé et cela n'a aucune importance.
Le style : vieille école, nostalgique, perturbé et complètement désintéressé d'un quelconque avancement dans la hiérarchie sont au rendez-vous.
Il a choisi de travailler en solo et d’œuvrer au sein de la cellule A14, celle des meurtres non élucidés. Il n'a pas d'autres aspirations que celles de bosser sur des crimes de pauvres bougres. Cela contre l'avis de ses supérieurs qui insistent pour qu'il intègre une autre unité.
Très vite l'enquêteur fait ses conclusions :

Maintenant, quelle sorte de malfrat ? Les malfrats tuent souvent de la façon dont ils ont appris à le faire dans leur métier — les chimistes, les médecins, les employés de la morgue. Mais ce meurtre, c’est du travail d’artiste. À ce niveau, c’est de la tuerie de spécialiste. Il n’empêche, quelle sorte de passé ? Dans quel métier un tueur peut-il avoir appris à faire cuire un bonhomme de manière qu’on ne puisse plus l’identifier? Un cuisinier? Un boucher? Un boucher-cuisinier-tueur? Ça ne doit pas courir les rues. Et il est ordonné. Calme.

Billy McGruder est dans le collimateur de l'enquêteur. Ce sont pour moi les meilleurs moments de ce roman, les conclusions, l'ambiance ainsi que les dialogues qui s'installent entre le flic et McGruder sont intelligents, rusés et d'une forte intensité. Le flic le travaille au corps, toujours dans l'intimité,  jamais au poste.


Les assassins sont comme les militaires : ennuyeux et dangereux en même temps.


Il coince McGruder, sonne à sa porte, le pousse dans ses retranchements et lui met les nerfs à vif.
Les éléments qui font avancer l'affaire ne s'arrêtent pas là pour autant. Un politicard ou deux sont sur la sellette, mais ce qu'il se passe en amont de l'investigation de terrain n'intéresse que très peu l'enquêteur.
Toutefois, les détails au sujet de la politique du moment sont, pour ma part, un peu longuet. C'est le seul bémol que je retiens.

Encore un bon bouquin ! Mais c'est Robin Cook et l'auteur ne m'a pas encore donné de mauvaises surprises.
Bonne lecture à vous, si vous décidez de vous y mettre !
Fabe

samedi 14 février 2015

Drive - James Sallis

Rivages (28 septembre 2011)- 176 pages

Dans un motel de Phoenix, un homme est assis, le dos au mur d’une chambre, et il regarde une mare de sang qui grandit à ses pieds. Ainsi commence drive, l’histoire, selon James Sallis, d’un homme " qui conduit le jour en tant que cascadeur pour le cinéma, et la nuit pour des truands ". Dans la grande tradition du roman noir, il est " doublé " lors d’un hold-up sanglant, et bien qu’il n’ait jamais auparavant participé aux actions violentes de ses partenaires occasionnels, il se met à traquer ceux qui l’ont trahi et ont voulu le tuer.

Dédié à Ed Mcbain, Richard Stark et Lawrence Block, Drive est un roman au style affûté comme un rasoir, qui n’est pas sans rappeler l’écriture sèche et nerveuse de Jean-Patrick Manchette. Un exercice de style éblouissant de la part de James Sallis, créateur du privé Lew Griffin, poète, universitaire, traducteur en Amérique de Raymond Queneau et dont la plupart de ses romans ont été édités en Série noire.



Mon avis :

Avec Le Chauffeur (sans nom), pas de dérapage incontrôlé !

Né dans une famille de bouseux, d'un père violent et d'une mère complètement folle (qui tuera le père, à table pendant le repas familial ...) il a 16 ans quand il est placé dans une famille d’accueil.
Famille qu'il quittera en "empruntant" leur bagnole !

C'est un roman noir, court mais efficace qui a de réelles différences avec le film et comme à l'accoutumée j'ai préféré le lire.
Le chauffeur ne cherche pas les embrouilles, il fait son boulot et il le fait bien !
Après avoir rencontré Shannon qui lui apprend les ficelles du métier il devient LE cascadeur fétiche des plateaux de cinéma.
Son taf, il le fait bien. Pas besoin de plusieurs prises, c'est directement dans la boite.

Pour arrondir ses fins de mois il est aussi chauffeur pour des braquages.
Sa réputation le précède : virtuose de la cascade et de la fuite devant les condés !
Jusqu'au braquage de trop, celui qui le met en danger, celui qui le fait sortir de ses "règles".
Car le chauffeur, doué et obéissant a des règles, oui ...
-prudence
-prudence
-prudence
-... pas de vagues.
Il n'a pas spécialement d'amis non plus sauf peut-être le Doc, d'une certaine manière.

De subtils flash-back nous apprennent à mieux connaitre ce personnage atypique, la violence est sous-jacente, l'écriture fluide et cela en fait un roman intéressant et très agréable à lire.

Voilà,  j'ai dit !

Fabe

samedi 20 décembre 2014

Grossir le ciel - Franck Bouysse

La Manufacture de Livres  2 octobre 2014


L’abbé Pierre vient de mourir. Gus ne saurait dire pourquoi la nouvelle le remue de la sorte. Il ne l’avait pourtant jamais connu, cet homme-là, catholique de surcroît, alors que Gus est protestant. Mais sans savoir pourquoi, c’était un peu comme si l’abbé faisait partie de sa famille, et elle n’est pas bien grande, la famille de Gus. En fait, il n’en a plus vraiment, à part Abel et Mars. Mais qui aurait pu raisonnablement affirmer qu’un voisin et un chien représentaient une vraie famille ? Juste mieux que rien. C’est justement près de la ferme de son voisin Abel que Gus se poste en ce froid matin de janvier avec son calibre seize à canons superposés. Il a repéré du gibier. Mais au moment de tirer, un coup de feu. Abel sans doute a eu la même idée ? Non.
Longtemps après, Gus se dira qu’il n’aurait jamais dû baisser les yeux. Il y avait cette grosse tache dans la neige. Gus va rester immobile, incapable de comprendre. La neige se colore en rouge, au fur et à mesure de sa chute. Que s’est-il passé chez Abel ?






 Mon avis :

Grossir le ciel ...

"C'est un drôle de cadeau, la vie ... ça se refuse pas, n'empêche,  on se demande parfois si y aurait pas mieux à faire que de l'ouvrir sans savoir ce qu'il y a dedans"

Franck Bouysse a écrit ici un roman remarquable.
Quelle écriture envoûtante !

Dans les Cévennes, plus précisément au lieu-dit "Les Doges" la vie est celle des saisons. Dans ce coin perdu où se côtoient montagne, prairies et forêts vivent Gus et Abel, deux fermiers, voisins de quelques centaines de mètres à peine.
Deux hommes seuls qui égrènent leur vie au rythme des bêtes, de leur terre et de plaisirs simples.
Ils n'ont pas connu autre chose depuis le jour de leur naissance et s'ils sont amis, c'est une amitié méfiante et pleine de pudeur qui est installée entre eux depuis toujours. La pudeur de deux hommes solitaires qui ont la vie rude, de celle qu'on ne rencontre plus trop de nos jours. Des hommes comme eux, ça cause pas à tort et à travers, ils n'en ont pas trop le temps non plus.
La ferme, leur terre, c'est tout ce qu'ils connaissent.

"Le seul trésor qu'ils côtoyaient chaque jour était en même temps l'expression de leur calvaire, cette nature majestueuse et sournoise, pareille à une femme fatale impossible à oublier"

L'histoire se passe en plein hiver, la neige et le froid ont fait leur apparition, après s'être occupé de ses bêtes Gus rentre dans la maison pour se réchauffer avec du café et un bon feu. Il s'occupe de Mars, son fidèle et sympathique bâtard, avec un peu de lait encore tiède qu'il vient de traire, quand il entend à la télévision l'annonce du décès de l'abbé Pierre !
Ça le préoccupe au Gus, pourtant pas spécialement attiré par les "suceurs de bible" , la mort de l'abbé ça le chamboule ! Mais Gus va aller de surprise en surprise. Il est loin d'avoir fini d'être chamboulé ....

Très vite, c'est une histoire qu'on ne peut plus lâcher, on ressent, on devine qu'un événement important se prépare.
L'auteur mêle avec doigté l'ambiance et les détails, en virtuose ! Comme je le disais plus haut l'écriture est envoûtante, captivante et riche en images.
C'est un livre court, mais tellement dense que je pourrais vous en parler encore, mais non, je vous laisse le plaisir de le découvrir par vous-même.
C'est le premier livre de Franck Bouysse que je lis. Un livre d'un auteur français qui parle de grands espaces, c'est rare. Et il le fait tellement bien !
Un auteur que je relirai !
Grossir le ciel est à lire absolument. Et si vous êtes un lecteur exigeant, croyez-moi vous ne serez pas déçu du voyage.
Fabe

"Grossir le ciel" : Ici à La Manufacrure de Livres

Deux autres livres de Franck Bouysse :
- Le vagabond (Ecorce Editions)
- Pur sang (Ecorce Editions)


Franck Bouysse vit à Limoges. Il aime marcher dans les villes, s’arrêter dans un bar, écrire en écoutant Antony and the Johnsons, Billie Holiday et fumer d’immondes cigares italiens. Il publie un roman noir (L’Entomologiste), puis ensuite sa trilogie H. (Le Mystère H., Lhondres ou les ruelles sans étoiles et La Huitième lettre). Il réalise également les dossiers introductifs de l’intégrale BD de Théodore Poussin (par Frank Le Gall) et participe ça et là à divers projets collectifs.
Source :  Léon- Marc Levy : http://www.lacauselitteraire.fr/grossir-le-ciel-franck-bouysse

mardi 15 juillet 2014

Le sable était brûlant - Roger Smith



408 pages



Date de parution: 
05/03/2014
Editeur d'origine: 
Calmann-Levy

 Un avis avisé de Vincent Garcia qui nous fait le plaisir de le partager avec nous !

 Merci à Vincent !



 Attention, coup de coeur !

Accusé du meurtre de sa femme et de ses enfants, Robert Dell comprend que c'est à sa vie qu'en veut Inja
Mazibuko,le flic et chef zoulou qui l'a arrêté. Désespéré, il s'attend au pire lorsqu'il est kidnappé par son père,
ancien mercenaire de la CIA, bien décidé à rendre justice lui-même.
Commence alors une traque infernale à travers une Afrique du Sud où la violence côtoie la misère et 
l'archaïsme tribal. 
Dans sa quête de vengeance, Dell croisera le chemin de Sunday, une adolescente prête à tout pour
échapper au mariage forcé auquel elle est destinée, et de Disaster Zondi, un ancien flic.


Le Washington Post dit de Roger Smith « qu’il écrit avec la brutale beauté d’un Elmore Leonard qui serait de
méchante humeur ». En fin de compte, cette affirmation paraît tout à fait correcte.
Mais ce serait réducteur de le réduire à un clone en colère d’Elmore Leonard, tant est grand son talent 
de conteur,
et son don pour créer des personnages qui vous marqueront.










Robert Dell, ancien militant pacifiste, reconverti en journaliste free-lance, est accusé du meurtre de sa femme et de ses enfants, alors qu’ils 
ont été victimes d’un accident provoqué, dont lui est sorti indemne. Il réalise par la suite que les responsables ont des connections avec la 
police et la justice.
Son père Robert Goodread, récemment libéré de prison pour raisons de santé, prison où il purgeait une longue peine en raison de son 
appartenance passée à des escadrons de la mort anti-apartheid, et qui a conservé des réseaux actifs, est la seule personne susceptible de 
lui venir en aide.
L’exécuteur des basses œuvres du ministre de la justice, Inja (le chien, en langue zouloue) Mazibuko, qui a provoqué la mort de la famille de Dell, 
est un chef Zoulou et un officier de police corrompu.
De plus il est atteint du SIDA, et selon la croyance populaire, le seul moyen de guérir serait d’épouser une jeune vierge lors d’une cérémonie 
traditionnelle, et la consommation du mariage le guérirait du virus.
Son choix se porte donc sur Sunday, jeune fille zouloue de 16 ans, dont il a jadis désiré la mère, mais sans succès.
Quelques années après, il a massacré ses parents et brûlé leur maison.

Son salut viendra de Disaster Zondi, dont nous avons fait la connaissance dans « Mélange de sangs », ancien officier de police et ami d’enfance 
d’Inja Mazibuko ,qui reçoit par inadvertance le faire part de mariage et décide de retourner dans son village natal pour enterrer les fantômes de sa 
jeunesse criminelle.
Disaster Zondi a eu dans le passé une liaison avec la mère de Sunday.

Toute cette galerie de personnages, liés par la mort de la famille de Dell, vont finalement se confondre en un tableau commun, dans un road movie 
intense et sanglant. En une écriture très fluide, il nous déroule cette histoire d’une violence extrême, d’un ton si douloureusement précis, lucide et  
fascinant que vous ne pouvez pas lâcher l’histoire, avant sa fin, évidemment tragique.

En plus d’un roman noir, c’est également un roman politique et social. L’auteur sait nous faire comprendre la lutte pour la justice et la rédemption que 
mènent Zondi,
Dell et Goodread . Ils sont le miroir de la société sud-africaine qui poursuit les mêmes buts. Et les personnages de Mazibuka et Sunday, sont 
évocateurs de la dichotomie de la culture Zouloue, entre les traditions du passé et l’intégration dans le monde moderne.
C’est un roman sur un pays encore déchiré, gangrené par la corruption, où la criminalité est endémique, les viols et les meurtres sont encore monnaie 
courante, soumis aux ravages du SIDA, et dans lequel il subsiste peu d’espoir pour une vie meilleure.




Roger Smith nous livre là un roman désespéré, un voyage au cœur des ténèbres, d’une noirceur absolue, mais par là même d’une grande beauté.

Vincent Garcia




Roger Smith
Né à Johannesburg, Roger Smith partage aujourd’hui son temps entre Le Cap et la Thaïlande.
Il est producteur, réalisateur et auteur de scénarios.


jeudi 3 juillet 2014

Un long moment de silence - Paul Colize

MANUFACTURE DE LIVRES (14 mars 2013)
POLICIERS 480 pages


2012. À la fin de l’émission où il est invité pour son livre sur la «Tuerie du Caire», un attentat qui a fait quarante victimes dont son père en 1954, Stanislas Kervyn reçoit un coup de téléphone qui bouleverse tout ce qu’il croyait savoir. 1948. Nathan Katz, un jeune Juif rescapé des camps, arrive à New York pour essayer de reconstruire sa vie. Il est rapidement repéré par le Chat, une organisation prête à exploiter sa colère et sa haine. Quel secret unit les destins de ces deux hommes que tout semble séparer ?
Dans Un long moment de silence, Paul Colize met en scène à deux époques différentes les personnages de Stanislas Kervyn et Nathan Katz. L'un est un homme d'affaire contemporain, antipathique, qui tente de comprendre la raison pour laquelle son père trouva la mort lors d'une fusillade au Caire alors qu'il n'était qu'un enfant; l'autre, rescapé des camps, décide de rejoindre un groupe de chasseurs de nazis après la seconde guerre mondiale.




Mon avis :
Aéroport du Caire le 21 août 1954 :
Lorsque plusieurs passagers d'un vol se font mitrailler sans que l'on en connaisse la raison, la possibilité d'un "cadavre exquis" est abordée.  Le fait qu' il y ait plusieurs victimes pour en masquer une seule. Voilà le départ de ce super roman que j'ai mis longtemps à ouvrir et qui s'est avéré excellent !

Stanislas Kervyn est auteur, il présente son livre dans une émission télévisée et à l'issue de celle-ci il est contacté au téléphone par un inconnu pour lui faire des révélations ! Révélations sur La tuerie du Caire,  révélations au sujet du livre de Stan. Car le père de Stan faisait partie des victimes et Stanislas a écrit ce livre pour exorciser ses angoisses dont il souffre depuis tout jeune.
Trouver les responsables de cette tuerie !
Pourquoi son père a-t-il été assassiné ?
Que faisait son père au Caire ?

Mais Stanislas n'est  pas un personnage sympathique, il est égoïste, autoritaire, il n'éprouve aucune empathie pour personne, bref il a un caractère très haïssable.
Et pour couronner le tout il souffre quotidiennement de douloureuses migraines que seules l'Imitrex et le sexe sauvage et sans sentiments semblent apaiser.
Les femmes ne sont pour lui qu'un remède comme un autre, mais un traitement efficace.

L'auteur, Paul Colize réussit tout de même à nous faire éprouver de l'intérêt pour Stanislas Kervyn (qu'en tant que femme on ne peut que détester !)
Il faut dire que Stan est intelligent, réactif et que l'auteur ne nous ballade pas en longueur dans les chapitres.

L'histoire est racontée principalement en deux époques,  la nôtre avec Stan à la recherche de la vérité sur la tuerie du Caire et puis celle de la guerre et après-guerre avec Nathan Katz.

Nathan est un jeune rescapé juif et il va avoir un rôle important dans cette histoire. Un rôle qui va mettre Kervyn sur des pistes de ce qui s'est réellement passé en 54 au Caire, mais aussi sur des  secrets de famille...
De révélation en révélation Paul Colize nous décortique avec beaucoup de talent ce qu'était une facette de la chasse aux nazis à partir de l'après-guerre.
Cette chasse aux rats qui n'a d'ailleurs jamais eût de cesse jusqu'à nos jours, même si les criminels nazis se font de plus en plus rares vu leur grand âge.
Je ne vais pas vous raconter l'histoire,  Colize le fait bien mieux que moi.
Mais ce que je peux vous dire c'est que c'est un p***** de bon bouquin !

... "Ma mère est morte le 19 octobre 1993. Un sale cancer du pancréas l’a tuée à petit feu. Son calvaire a duré plus d’un an. Un an durant lequel elle n’a jamais émis la moindre plainte. Elle est restée digne, exemplaire, jusqu’à la fin.
Une semaine avant sa mort, elle m’a demandé de prévenir Marischa et mon frère. Elle savait qu’elle n’en avait plus pour longtemps.
Ce jour-là, elle m’a parlé de mon père.
C’était la première fois qu’elle m’en parlait depuis des années. Elle se trouvait à l’hôpital Saint-Jean, rue du Marais, elle rentrait d’une ponction. Les toubibs l’avaient gavée de morphine. Nous étions seuls dans la chambre. Elle m’a souri, tant bien que mal.
..."

C'est un livre qu'on ne lâche pas. On veut savoir ! et toutes les pages nous en apprennent. Il n'y a pas de temps mort.
J'en suis même arrivée à apprécier le personnage de Stanislas Kervyn, c'est tout dire ...
Mais peut-être a-t-il des circonstances atténuantes quant à sa personnalité si détestable ?
À vous de juger !
Et puis c'est un livre qui parle d'amour, d'amour acharné, d'amour douloureux mais aussi d'espoir.

Oui c'est un livre que j'ai beaucoup aimé et que je vous conseille !
Allez-y sans hésitation !
Je me suis intéressée à un interview sur le blog : Le Blog du Polar de Velda c'est un très bel interview qui nous donne de bonnes infos sur l'auteur ! lisez-le !
Fabe

mardi 24 juin 2014

Celui dont le nom n'est plus - René Manzor

Éditeur : KERO (22 mai 2014) - Roman

Londres, au petit matin. Sur une table de cuisine, gît un homme vidé de ses organes. L'assassin est une vieille dame à la vie exemplaire. Pourquoi cette femme a-t-elle sacrifié l'homme qu'elle a élevé comme un fils ? Elle est incarcérée. Pourtant, le lendemain, un autre homme est tué de façon similaire. Par la personne qui l'aimait le plus au monde. À chaque fois, les tueurs, qui ne se connaissent pas, laissent derrière eux la même épitaphe écrite dans le sang de leur victime : Puissent ces sacrifices apaiser l'âme de Celui dont le Nom n'est plus... Trois destins vont se lier autour de ces meurtres incompréhensibles : ceux de McKenna, vétéran de Scotland Yard, de Dahlia Rhymes, criminologue américaine et de Nils Blake, l'avocat de ces coupables qui ressemblent tant à des victimes. Trois destins, et trois vies détournées à jamais de leur cours. Grâce à une plume parfaitement maîtrisée, René Manzor signe un roman aux frontières de l'amour et de la mort dont on ne sort pas indemnes. Un thriller haletant et dérangeant dont vous n'oublierez plus jamais le nom...


Mon avis :
"Puissent ces sacrifices apaiser l'âme de Celui dont le Nom n'est plus..."
Mais que signifie cette épitaphe ?

Dahlia Rhymes, profileuse au FBI arrive à Londres comme simple consultante pour aider Scotland Yard dans une affaire difficile.
McKenna, chef inspecteur au DCI voit l'arrivée de Rhymes comme une empêcheuse de tourner en rond. Mais son professionnalisme prend le dessus et il accepte Dahlia dans l'enquête. Il faut dire qu'elle est douée et ne cause aucun problèmes au sein de l'équipe.

l'enquête :
"Puissent ces sacrifices apaiser l'âme de Celui Dont le nom n'est plus" ...  voilà l'épitaphe laissée près des victimes !  Des victimes atrocement mutilées chacune par un proche, en effet une vielle dame mutile et prélève un organe à l'homme qu'elle a connu enfant et le lendemain un homme fait pareil à celui qu'il aimait. Ils n'ont aucune connaissance en chirurgie et pourtant les incisions sont propres et précises. Ils ne se connaissent pas, n'ont dans leurs vies aucuns points communs !  Hormis les circonstances de leurs crimes.
Rien ne les relie si ce n'est le fait qu'après leur "crime" on les retrouve errants dans un état second, ayant tout oublié des circonstances de leurs actes et se voyant horrifiés, tétanisés par ceux qu'ils ont commis.

— Il n’a pas tué dans un accès de rage. La préparation mortuaire du corps témoigne d’un grand respect pour la victime.
— Je ne suis pas sûr que la famille partage votre point de vue.
Le détective s’accroupit et découvrit des empreintes rouges laissées par des semelles sur la moquette et, avant cela, sur le parquet. Il sortit un téléphone de sa poche et les étudia attentivement à la lumière du portable.
— Ce que je veux dire, monsieur, c’est que…
— Avant de me parler du « respect » du tueur, parlez-moi de sa pointure.
— Pardon ?
McKenna se redressa en désignant les empreintes sur le parquet.

Dès les premières pages l'écriture de René Manzor nous happe avec un texte fluide qui nous fait connaitre les personnages principaux avec doigté.
Effectivement les personnalités sont bien décrites, bien fouillées même si quelques détails sont assez "cliché" cela ne m'a pas gênée dans ce roman très "spécial". C'est un roman, un policier, un thriller ... un peu tout ça à la fois.
Bien souvent une étiquette est difficile à établir,  surtout quand l'auteur y mêle,  une enquête, un suspense, des croyances et aussi de l'amour.

Parallèlement aux enquêteurs l'avocat qui va se charger de la défense des "meurtriers" est aussi un personnage central de l'histoire.
Car si Nils Blake était un "super avocat" ne voyant que l'argent et ne fonctionnant que comme un "gagnant à tous les coups", depuis plusieurs mois il refuse catégoriquement d'exercer son métier.
Il reste enfermé chez lui où il sculpte sans relâche des figures de cyclopes.
Il vient en effet de se découvrir ce "don" qui était loin de faire partie de ses habitudes car si avant Nils aimait l'art c'était uniquement dans un but monnayable et pour briller en société.
Eh bien oui, avant sa transplantation cardiaque Nils n'aurait jamais mit les mains dans la glaise !
Il se sent "envahi" par son donneur. Donneur dont il ne sait rien mis à part ce qu'il ressent !
Que lui arrive-t-il ?
Est-t-il si différent des victimes ? ...

Vous l'aurez sans doute deviné mais ce livre aborde beaucoup de mystères aussi. Les mystères de la vie, de la mort mais aussi ceux de l'amour.

Même si il n'y a pas de réelles grosses surprises dans ce livre il est tellement bien écrit qu'il se lit avec enthousiasme,  un page-turner oui mais très captivant jusqu'à la dernière page !
Fabe


mardi 17 juin 2014

Aucune Bête aussi féroce - Edward Bunker

No Beast So Fierce (1973)
Éditions : Rivages/Noir 412 pages. Mars 1992
Traduction : Traduit de l’américain par Freddy Michalski



"Question : le grand roman des bas-fonds de L. A. ? Réponse : Aucune bête aussi féroce d'Edward Bunker. Si le jugement ne manque pas d'arguments, il peut se discuter. Mais c'est incontestablement, par sa précision et sa rigueur du détail, le meilleur livre jamais écrit sur le thème du vol à main armée - une activité criminelle à l'image surfaite et trompeuse dont les ouvrages de fiction font habituellement leurs choux gras. Quant a l'analyse qu'il nous offre de la psychopathologie criminelle, elle place le roman au rang du génie du mal, de "De sang-froid" et du "Chant du bourreau". Ce roman est d'une originalité absolue - un chef-d'œuvre noir resté négligé. Dernière minute : méfiez-vous ! Là où il vous emmène, vous ne sortirez pas intact de votre rencontre avec Max Dembo." (James Ellroy)




Mon avis :
Max Dembo dans le roman quasi autobiographique d'Edward Bunker est un multi récidiviste. Un gars qui depuis son enfance est ballotté de familles d’accueils en maisons de redressements pour aboutir en prison où il côtoie les grands criminels et se débrouille parfaitement bien pour se faire une place respectée.
En lisant ce roman on ne peut s'empêcher de penser à la vie d'Edward Bunker. Une vie passée derrière les barreaux, 18 ans quand même ...!

Max Dembo libéré en conditionnelle sort avec la ferme intention de rentrer dans les rangs. Mais .. le système judiciaire américain n'est pas un monde de bisounours.
Rosenthal, son contrôleur lui tient beaucoup trop la bride et Max craque. Entre les humiliations, l'absence totale de chance de trouver un job et sa bonne volonté qui s'épuise il brise son "contrat" de conditionnelle et retourne dans l'anonymat, dans le seul monde qu'il connait et où il peut maitriser les événements.

"Mais ce n’est pas parce que je préfère coucher avec une prostituée que je vais me mettre à attaquer un coffre au chalumeau à acétylène.
— Cela signifie que vous voulez la permission de vous conduire en maquereau.
— Non ! Non ! Je veux simplement que vous compreniez qu’on ne peut pas réduire les gens à des formules.
Je m’arrêtai pour reprendre haleine et sélectionner des expressions intelligibles parmi le tourbillon de pensées stupéfiantes qui me tournaient dans le crâne.
— L’essence même de ce que je demande, c’est que vous ne fassiez pas de cette conditionnelle une laisse qui m’étrangle.
— L’essence même de ce que vous voulez, c’est de faire ce que vous avez envie de faire, exact ?
Mon estomac sombra. Rosenthal était impassible. J’avais essayé. Des rigoles de sueur me coulaient sur la poitrine. Une pensée affreuse monta en moi comme un geyser. Et si Rosenthal avait raison ? Et si la voie du bonheur et de la paix intérieure, c’était de suivre les règles aveuglément ? Etait-il possible qu’une personne seule, avec toutes ses certitudes, pût avoir raison ? Peut-être que Rosenthal avait vu clair en moi, alors même que je m’aveuglais de paroles. Penser en ces termes, c’était comme de mettre le pied au-dessus de l’abîme. Je reculai jusqu’à la terre ferme de mes indignations cachées. J’avais essayé de me montrer honnête alors qu’on ne pouvait pas faire confiance à cet enfoiré. Dorénavant, c’est de ruse et de tromperie que j’allais me servir."

Max a besoin de tune et monte des coups, il recommence tout en sachant très bien quelles sont les seules issues possible.
Dans ce roman c'est le système carcéral américain qui est dénoncé avec beaucoup de force,  les contacts entre détenus,  les vraies et fausses amitiés à l'extérieur,  surtout quand on est en cavale ...
Mais aussi la difficulté de se réinsérer dans la société pour un ancien taulard.

Ce roman est empreint de réalité,  c'est pas du cinoche ! 
Et bien loin des clichés utilisés de trop nombreuses fois.
C'est d'une écriture noire et sublime qu'Edward Bunker nous fait vivre la cavale de Max Dembo, ben c'est normal puisque c'est ce qu'il a vécu !
Adapté au cinéma par Ulu Grosbard et peu encensé par la critique il en est sorti "Le récidiviste"  interprété entre autre par Dustin Hoffman en 1978.

Je ne m'étalerai pas plus sur le contenu du roman. IL FAUT LE LIRE !
Mais je vais lire les deux autres : La Bête contre les murs et La Bête au ventre. Suivi sans doute de son autobiographie : L'Éducation d'un malfrat.
Que de bonnes lectures en perspective !

Fabe

"Edward Bunker (1933-2005) connut des années de prison avant de se voir publier. Il est l'auteur de la célèbre "Trilogie de la Bête" Sa réflexion sur l'univers carcéral, la discrimination raciale et la peine de mort, encore appliquée par trente-cinq Etats, demeure d'une grande actualité.
Il a joué des rôles secondaires dans certains films, notamment Le Récidiviste, avec Dustin Hoffman inspiré de son roman Aucune bête aussi féroce, et Reservoir Dogs, de Quentin Tarantino."