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dimanche 1 juin 2014

Jolie poupée - Martina Cole

Éditeur : Fayard (18 février 2009) - 467 pages



Joanie Brewer et ses enfants vivent dans une cité populaire de l'East End londonien : cris, rires, disputes, petits trafics en tous genres et volées de gamins dans les rues, voilà leur paysage. La vie est dure dans ces bâtiments de béton mal conçus, mais c'est la leur, et ils y sont attachés. Parce qu'elle est aussi pleine de solidarité, d'amitié et d'entraide. Joanie a beau gagner son pain sur le trottoir, son fils Jon Jon se tailler la réputation d'un caïd et Jeanette, sa cadette, faire le mur tous les quatre matins, quand la petite dernière, Kira, disparaît, la cité entière se met à sa recherche. Surtout Tommy, son baby-sitter obèse, un peu bizarre à vrai dire… Mais les jours passent et l'obsession de Joanie grandit : que sait exactement Tommy ?






Mon avis :
Quand Kira 11 ans, disparaît de chez elle la vie de sa famille et de toute la cité environnante devient le théâtre d'une solidarité, de celle qu'on se voue dans la misère, de celle qui surgit là où on ne l'attend pas.
Ce roman met en avant la vie de famille d'une prostituée de cité,  monde de béton et misère sociale au rendez-vous.
Joanie mère de trois enfants de pères différents est une femme "bien", ce qu'elle fait elle le fait pour ses mômes et parce qu'elle ne sait pas faire autre chose non plus. Elle a du caractère et dans la cité on ne lui cherche pas des noises.
Ce roman décrit très bien ce qu'est la vie d'une femme prostituée ne pensant qu'à ses gosses. Ici, pas de mélodrame. Sa vie, elle la mène tambour battant.

Il y a ses trois enfants, Jon-Jon intelligent, doué pour la gagne, caïd respecté et beau garçon aux longues dreadlocks, Jeanette la rebelle aussi belle que sa mère et Kira 11 ans la plus jeune, attachante toujours souriante mais qui a un petit retard pour son âge.
Kira est donc aimée choyée et surveillée de près par Joanie et Jon-Jon qui prend son rôle de grand frère très à cœur. Il remplace un peu le père (les pères) absent(s).
Kira est le chouchou de son baby-sitter aussi, Tommy.  Celui-ci est un personnage étrange, obèse et collectionnant les poupées Barbie. Il vit avec son père dans une ambiance plus que détestable. Il est le souffre douleur de ce père que le lecteur détestera tout de suite.
Un jour Kira disparaît ! C'est un drame abominable, Joanie devient dingue même si Paulie qui est son mac mais aussi l'homme sur qui elle peut compter est constamment près d'elle.  Elle pète un câble et n'a que peu d'espoir de retrouver Kira vivante.
Jon-Jon mène son enquête aussi parmi les voyous des cités et les témoignages à l'arrache qu'il obtient sans ou avec violence.

– Et elle est où, maintenant ?
Le type eut un grand sourire.
– Désolé, fiston, motus et bouche cousue. Elle en a bavé, et je prendrai surtout pas le risque qu’Harold Rowe puisse remettre la main sur elle. Il pourrait la buter ou la faire buter par quelqu’un. Désolé.
Jon Jon comprenait très bien : il aurait protégé sa sœur ou sa fille de la même façon.


Dans ce livre tout se tient, n'y attendez pas une histoire uniquement policière, d'ailleurs l'épilogue n'est pas vraiment une surprise.
Je qualifierais plutôt ce livre de "roman noir", en effet l'auteur va au plus profond de l'âme de cette famille et de tous les personnages qui gravitent autour, que ce soit Paulie, les autres prostituées ou la kyrielle d'enfants trainant dans les escaliers d'immeubles, tout y est disséqué intelligemment,  et ce sans aucune longueur. Tout est bon à prendre.
L'auteur ne s’embarrasse pas de complaisance non plus, les situations tragiques sont ce qu'elles sont, tendre ou violente, vérités et mensonges, abomination de la pédophilie très bien documentée. Je trouve que l'auteur a fait ça nickel !

Jeanette bavardait avec Liz Parker. Depuis peu, les deux filles s’entendaient comme cul et chemise.
– Alors, combien tu te fais par nuit, en moyenne ? s’enquit Jeanette.
Liz soupira et réfléchit en inclinant la tête, ce qui lui donnait l’air beaucoup plus jeune.
– Bof, normalement, dans les trois cents livres. Mais avec les soirées spéciales, je peux me faire beaucoup plus.
– C’est quoi, les soirées spéciales ? demanda Jeanette, intriguée.
– Ben, c’est celles où tu vas habillée en môme. Zéro maquillage, tunique d’uniforme et socquettes blanches…




Il n'y est pas question non plus de sensiblerie exacerbée,  les situations ne sont ni enjolivées ni plus sordides qu'elles ne peuvent l'être réellement.

Une lecture qui m'a beaucoup plu ? OUI !
Et pour moi, une réelle qualité d'écriture !

Fabe

jeudi 22 mai 2014

Ruben chez les barbares & Le cri de la moule le soir au fond du bar - Charly Green

Les Enquêtes de Ruben Quinquet, Éd. Numeriklivres 2013


Ruben chez les barbares



Angoissant. Là où JeanBé nous venge de la guerre de Cent Ans tout en risquant la pérennité de ses roubignoles.
Incroyable. Puis, c’est Napoléon qui bousille un Congrès de Criminologie.
Textuel. Où Teutons et Carolingiens s’unissent pour sauver Napoléon, malgré l’entêtement d’une lignée d’astiqueuses de binious.
Historique. Où un raccourci d’histoires trouduculières vous confronte avec la Grande Histoire.





Mon avis :
Ruben Quinquet, je vous en ai déjà parlé précédemment (Un pastis sinon rien) est commissaire au port et pas à "l'évêché" le commissariat de Marseille. (Petite précision pour ceux qui ne sont pas au fait des histoires policières se passant à Marseille).
Il est à la tête d'une équipe de déjantés notoires,  il y a JeanBé, le violent de service, celui qui est forcément doué pour obtenir des aveux, à coup de bottin téléphonique et chez qui un bas résille ne quitte jamais le fond de sa poche. Obsédé par les femmes, il est aussi un très bon flic ; le meilleur élément de Ruben Quinquet. Dans l'équipe on retrouve aussi Maxime, l'as de l'informatique.
Le principe des livres très courts (45 à 55 pages) de Charly Green reprenant les enquêtes de R. Quinquet est simple : y aller droit au but mais surtout nous faire sourire tout au long de la lecture. 45 minutes de plaisir ! En effet, l'humour de Green est à chaque pages. On ne s'y ennuie pas un seul instant. Ces livres n'ont aucune prétention,  juste celles de nous délasser !

Ruben s'en va dans le nord pour assister à une conférence,  il s'arrête chez son cousin et se voit curieux et contraint d'enquêter sur le meurtre du voisin ...
Une enquête bien ficelée et toujours aussi joyeuse à lire. Comme les livres sont courts je vous passe les explications et j'opte pour vous délivrer deux extraits.

Pour revenir au matin même, à neuf heures, elle ouvrit avec sa clé la maisonnette d’Albert Lenoir, soixante-quinze printemps au compteur, s’étonna de ne pas voir le café prêt et monta naturellement au premier étage dans la chambre à coucher. Une femme effarouchée pousse des cris aigus, mais chez les techniciennes de surface, les sirènes d’alarme sont surdémultipliées. Elle vrilla les cornets acoustiques de Riquet qui jaillit sur le trottoir séance tenante. La Ginette était déjà dans la rue à ameuter le quartier, les bras levés, elle hurlait :
— À l’assassin ! À l’assassin !
Une longue pratique de la nature humaine lui ayant fait deviner qu’on ne peut, seul, se faire déborder la cervelle…


Avec une clé tout ordinaire, JeanBé ouvrit la porte du petit bureau éclairé par un vasistas et, laissant passer l’imposante Ginette qui préférait s’incruster de biais pour ne pas froisser sa robe neuve, il referma très soigneusement et, d’un geste théâtral, remit la clé dans sa poche, avec ses bas résille.
— Asseyez-vous, je vous en prie.
La Ginette, bien docile, posa son sac en plastique noir verni sur le bureau.
— Pourquoi vous avez fermé la porte à clé ?
— Pour qu’on ne nous dérange pas.
La Ginette crispa le museau, mais s’abstint de dire ce qu’elle pensait. JeanBé s’assit sur la chaise et posa ses pieds sur le bureau.


 Le cri de la moule le soir au fond du bar


Qui n'a jamais entendu le cri de la moule le soir au fond du bar ne connait rien de la vie... C'est émotionnellement subtil quand Bernadette creuse sa grotte elle-même et que Jésus Bouillon fait son premier miracle.
Quand ça dérape, cela merdoie grave dans la moule-frite. Un imbroglio serré comme un string va plonger JeanBé dans le mysticisme pour échapper à la guerre du Kosovo...
Où l'on voit les récalcitrants tétaniser le Commissaire Ruben Quinquet, secouru par JeanBé, l’estralucide. Mais l'équipe de Ruben, soudée par l'Armagnac, va éclater une Mégane et raser un cabanon pour sauver l'honneur.







Mon avis :
Ruben et toute son équipe se retrouvent tous ensemble pour boire et manger la spécialité du bistrot sur la Canebière. Jusqu'au moment où on retrouve le taulier, Robert Ledan assassiné en pleine galipette et qui gît au fond de la cour sur le tas de coquilles de moules, le pantalon sur les chevilles.
Un départ en fanfare pour cette nouvelle enquête de Quinquet et ses hommes sur un ton toujours aussi hilarant.
Même principe, trop court pour ne pas spoiler, alors deux extraits ...  !

Elle était belle et avenante, Bernadette. Avec sa jupette au ras des miches, elle croupionnait en servant les moules. Au menu, c’était moules, frites et miches. Lorsque les gonzes songeaient à regarder ailleurs, ils découvraient des roberts aussi gros que les miches. Total, ils ne savaient plus ce qu’ils admiraient le plus. On tournait en rond et les moules refroidissaient. En attendant, ils buvaient pour se rincer le gosier que tant de trésors affichés asséchaient et Samuel continuait à compter les bouchons. Avec un sourire non dénué d’intentions, Le Robert s’extasiait et s’excitait.

Celle que je préfère, au sujet des cons !!!

C’est vraiment très difficile d’entretenir des relations avec un Con. Pas le con ordinaire, celui qu’on se bichonne, qu’on se peaufine, qu’on aime bien, mais le con absolu, celui qu’on canonise, car il est un summum. Ce genre de con est rare. Il vous déstabilise parce qu’il ne voit jamais les choses comme vous, l’angle de son regard étant plus obtus. Le vrai Con, c’est celui qui ne mesure pas la vie à la bonne aune. Doué pour la poésie pragmatique, il réduit tout à sa mesure, vous minimise l’espace, vous obture une vision qui pourrait lui donner le vertige. Voilà, le con, c’est l’anti vertigineux type. Au sens médical du terme. C’est un remède qui vous protège des grandeurs, des idéaux et des passions dévorantes. Un con, un vrai, c’est un Lexomil en dose maximale. Voilà pourquoi Ruben Quinquet aurait bien mis Gilles Graillou dans un bocal, avec un mélange judicieux de formol et d’alcool. Quand on en a un comme cela, on se le garde…

Pour ceux et celles qui aiment les enquêtes policières et qui veulent se détendre 45 minutes avec un polar déjanté,  je ne peux que vous les conseiller.
Ça fait du bien entre des polars bien noirs,  les zygomatiques en action !
Fabe

vendredi 16 mai 2014

1983 - David Peace - Quartet du Yorkshire 4

Éditeur : Rivages (3 janvier 2008) Collection : Rivages/Noir - Poche: 594 pages




En mai 1983, à la veille d’élections générales que la Dame de fer et le parti conservateur remporteront triomphalement, la petite Hazel Watkins est enlevée à Morley où, en 1974, Clare Kemplay avait disparu (voir 1974 du même auteur). Même si les instances dirigeantes de la police refusent d’établir un lien entre les deux affaires, d’autres jeunes victimes disparues avant Clare refont inévitablement surface : Susan Ridyard et Jeanette Garland. On s’en souvient, c’est sur ces affaires qu’enquêtait le journaliste Edward Dunford. Dans ce dernier volume de sa tétralogie, David Peace va dévoiler la face cachée de ces années noires.






Comme le dit Maurice Jobson dans sa dernière prière : « Je ne fais pas le bien dont j’ai envie, mais le mal dont je n’ai pas envie est ce que je fais. »

Mon avis :
Et voici la dernière étape,  le dernier opus du Quartet du Yorkshire ! Je vous le dis tout de suite, c'est un MONUMENT ! Comme ça si vous n'avez pas envie de lire ce qui suit vous pourrez passer tout de suite à la lecture de ces 4 bouquins qui pour moi sont une "fameuse découverte" dans le domaine de la littérature noire.

Contrairement aux romans du genre on pourrait aisément penser que le quatrième volume, celui qui clôture ce quartet, sera celui de toutes les révélations, je vous dirais que oui .. et non ! J'ai été obligée de retourner sur quelques informations précédentes pour y voir plus clair. Pour mieux comprendre aussi comment les fils étaient tirés.
Ce n'est pas un livre que l'on lit en vitesse, c'est une lecture sur laquelle on est obligés de s'attarder. L'écriture toujours aussi hachée, meurtrie, à la fois profonde et survolée est empreinte de violence, de souffrance et de rédemption.
David Peace est vraiment doué !

Trois voix s'y font entendre, John Piggott l'avocat,  Maurice Jobson le super-intendant de la police et Bj l'indic. Tour à tour avec des allées et venues incessantes entre les époques, entre les faits, entre les pensées et les cauchemars des uns et des autres.

1983, Hazel Atkins disparaît, Jobson enquête. Mais quel rapport avec les disparitions de 74 ?
Piggott se retrouve à défendre Michael Myskin enfermé depuis très longtemps pour le meurtre de Clare Kemplay.
Piggott semble avoir besoin de rédemption.
Jobson se souvient.
Bj se dévoile ...
Tous les flics sont-ils pourris à l'extrême ? Il semble bien que oui !
Dans cette Angleterre, à cette époque, celle de "M'dam Maggie" Thatcher, dans le Yorkshire sombre et gris, se cachent d'horribles secrets. Peu de temps après, avant et pendant que l'éventreur sévissait.

Certains, comme Piggott veulent faire la lumière,  mais le veulent-ils vraiment ?

"Par les trous on voit la lumière et il y aura justice et vengeance car par les trous on voit la lumière,  une lumière sainte pour une guerre sainte"

Les retours incessants aux affaires Atkins, Kemplay, etc ... nous retiennent avec beaucoup de concentration. Faut s'accrocher pour suivre, ou refaire quelques retours en arrière (merci la lecture numérique).

Le retour sur Jack Withehead "Le reporter de l'année" est aussi très révélateur,  oui mais révélateur de quoi ?
Au lecteur de suivre les pistes, de s'attarder et de démêler.
Chacun sa croix !

Captivant, envoûtant, sont les qualificatifs que je citerais à propos de 1983 !
Et si vous ne comptez pas lire ce Quartet avec attention, si vous voulez des explications toutes cuites ... si vous cherchez un page-turner,  ben alors, allez voir ailleurs ! Abandonnez l'idée de le commencer.
Il est impératif de lire les 4 livres dans l'ordre ! Ça vous l'aurez compris.
Par contre si vous aimez les complications, lancez-vous !
Fabe


La même chambre, toujours la même chambre ; soda, pain rassis, cendres dans la cheminée.
Je suis en blanc et je noircis jusqu’au bout des ongles, pousse une coiffeuse à dessus de marbre devant la porte pour la barricader, tombe, trop fatigué pour tenir debout, effondré dans un fauteuil au dossier brisé, vertige et je ne sais plus où j’en suis, mots dans ma bouche, images dans ma tête, ils ne signifient rien, égaré dans ma chambre, comme si j’étais tombé de très haut, brisé, et que personne ne puisse recoller les morceaux, messages : personne ne reçoit, ne décode, ne traduit.
— Comment tu vas payer le loyer ? je chantonne.
Seulement des messages envoyés depuis ma chambre, pris au piège entre la vie et la mort, une coiffeuse à dessus de marbre devant la porte.
Mais pas pour longtemps, plus maintenant.
Seulement une chambre et une femme en blanc, qui noircit jusqu’au bout de mes ongles, et des trous dans ma tête, seulement une femme qui entend des pas sur les pavés, dehors.
Seulement une femme.

vendredi 9 mai 2014

Psycho Killer - Anonyme

Éditeur : SONATINE (17 octobre 2013) 358 pages

Tout semble paisible à B Movie Hell, 3672 habitants. Jusqu’au jour où un tueur mystérieux portant un masque en forme de crâne, surmonté d’une crête iroquoise rouge, se mette à assassiner tranquillement certains des habitants de la ville. Le FBI confie l’affaire à un couple d’enquêteurs, Milena Fonseca et Jack Munson, surnommé le Fantôme, spécialiste des opérations clandestines. Bientôt de mystérieux liens apparaissent entre cette terrifiante série de meurtres et un projet top secret du Département d’État, l’opération Blackwash. Alors que la paranoïa s’empare de la ville, la collaboration entre le FBI et les autorités locales s’annonce difficile. Les habitants de B Movie Hell, bien décidés à garder leurs nombreux secrets, entendent en effet résoudre seuls et sans aide extérieure cette histoire aussi terrifiante qu’énigmatique.

Après sa tétralogie consacrée au Bourbon Kid, Anonyme nous offre un slasher jubilatoire en forme de clin d’œil aux films de série B. Est-il possible d’y résister ?





Mon avis :

Les aventures du Bourbon Kid m'avaient énormément amusée avec cette écriture innovante et complètement déjantée,  alors il fallait absolument que je m'attaque à "Psycho Killer" ! Voilà qui est fait !

Ici, contrairement au Bourbon Kid le scénario est "classique". Un barbouze, Jack Munson, presque à la retraite qui aime trop la bouteille etc ... et une femme haut-gradée qui l'accompagne sur une enquête "top secret". Quoi de plus inhabituel hein...

Le tueur, Joey Conrad est surnommé l'Iroquois, pourquoi ? car quand il assassine les gens il est affublé d'un masque en forme de crâne surmonté d'une crête rouge et sème la panique dans la petite bourgade de B Movie Hell tenue et gérée par un seul homme qui dirige et commande la plupart des habitants.

L'histoire se laisse lire très facilement vu qu'il n'y a que de l'action et des dialogues directement en rapport avec l'enquête. Des dialogues courts, précis qui entrent directement dans le vif du sujet, comme dans les livres précédents de l'auteur Anonyme.
La description des personnages de ce roman est quand même assez cliché, que ce soit au sujet de Bébé, une jeune prostituée qui a une place prépondérante dans le roman ou bien de Sylvio Mellencamp le tenancier du "Minou joyeux", (ben oui quoi, c'est le nom du bordel ... c'est astucieux non ? Pffff ).
Toute l'histoire tourne autour de Bébé, qui elle n'est au courant de rien, évidemment !
Beaucoup de poursuites et beaucoup d'action vont mener cette histoire tambour battant.

Le déroulement de l'enquête va vite, heureusement ! Si on devait se perdre dans des descriptions à rallonge je pense que j'aurais abandonné la lecture mais l'auteur n'a pas fait dans les longueurs, il va droit à l'essentiel.
Si seulement il avait inclus aussi un peu de la folie de ses livres précédents, ces situations "cliché" seraient passées comme une lettre à la poste. Mais voilà ... je trouve que ce n'était pas assez déjanté pour détrôner "Le livre sans nom" et les suivants !

Le tueur est doué et astucieux et on devine vers la moitié du livre qu'il est loin d'être fou. Il est aussi très énigmatique puisque l'auteur n'en parle qu'au travers de ses agissements et des indices que relèvent les enquêteurs. L'Iroquois se borne à découper un tas de gens en rondelles, mais il suit un chemin bien défini ...
Les situations et les pistes de l'enquête se précipitent bien, là l'auteur s'est donné la peine de ne pas nous laisser nous endormir.
Il nous délivre des surprises et des rebondissements auxquels je ne m'attendais pas, du moins pour quelques uns. Quand à l'enquêteur Munson, il est tout à fait crédible dans son rôle et il va nous amener au dénouement avec une logique parfaite.
Par contre il manque le visuel, vous savez ... cette ambiance, cette description des lieux qui nous font mieux nous imaginer le terrain sur lequel on évolue. Dommage !

L'épilogue est un peu (un tout petit peu seulement) surprenant et laisse présager qu'il y aurait peut être une suite. Ceci n'est qu'une opinion toute personnelle.
Ce dernier roman de l'auteur Anonyme est un bon tourne-pages ... mais sans grande valeur d'écriture.
Ça se laisse lire mais ne laisse pas la trace que m'a laissé le Bourbon Kid. (Même si le Bourbon Kid n'avait pas beaucoup de valeur dans l'écriture non plus, mais il avait le mérite d'être très surprenant et fort déjanté).

Conclusion : mon avis est mitigé. Ni très bon ni très mauvais ... mais qui devrait plaire à beaucoup d'autres lecteurs.
Fabe

dimanche 27 avril 2014

1980 - David Peace - Quartet du Yorkshire 3

Éditeur : Rivages (6 avril 2006) Collection : Rivages/Noir Poche: 522 pages


Après 1974 et 1977, David Peace poursuit sa chronique de l'ouest du Yorkshire, où les gens vivent dans la peur. Plusieurs années ont passé et l'éventreur continue à sévir malgré tous les efforts de la police.
Les femmes n'osent plus sortir le soir. La psychose monte, chacun soupçonne son voisin et le mal semble même avoir gangrené les forces de l'ordre.
Y a-t-il un flic honnête dans le comté du Yorkshire ?
Il y a Peter Hunter, seul contre tous. L'homme qui va enquêter sur les enquêteurs. Creuser à mains nues et ramener la boue. Creuser la tombe de ses collègues corrompus ou la sienne ? À travers le personnage de Peter Hunter, directeur adjoint de la police de Manchester, David Peace brosse dans une langue incantatoire le tableau palpitant, écorché et violent, d'un lieu et d'une époque confrontés au chaos.



Mon avis :
J'ai abordé ce troisième volet avec dans l'idée de continuer encore dans ce flou, cet étrange et prenante écriture hachée, meurtrie et pleine de fantômes dans la tête du ou des narrateurs.
Et bien ici l'écriture, l'histoire ... est racontée de façon un peu plus "classique".
Si on peut dire de Peace, écriture classique ... ce dont je doute.
Il existe dans 1980 une chronologie des faits plus aboutie.

Peter Hunter, Directeur Adjoint de la police de Manchester reçoit pour mission de redémarrer toute l'enquête sur l'éventreur du Yorkshire. On lui octroie une équipe, on lui donne accès aux dossiers d'enquêtes des différents départements et commence alors des retours aux premiers meurtres et toutes les difficultés rencontrées au fil de cette enquête des enquêtes.
Si Hunter n'est pas aussi assailli de cauchemars éveillés que Jack Withehead (voir 1977) il n'est pas exempt de pensées noires, l'absence d'un enfant dans son couple, des cauchemars et insomnies à répétition font de lui un personnage moins noir, moins torturé que les narrateurs de 1974 et 1977. Mais Hunter est quelqu'un d'intègre.
"Saint con !"

"Ensorcelé, je meurs."
La rencontre entre Hunter et Jack Withehead couché et attaché sur un lit d'hôpital, est fort révélatrice d'un mystère entourant les angoisses fantomatiques de Jack dans l'opus 1977. Une révélation de Peace qui nous éclaire plus encore sur les protagonistes de l'affaire de l'éventreur et aussi sur le fameux exorciste ... (lire absolument dans l'ordre pour compréhension).

Hunter va aller au fond des choses, explorer toutes les pistes, tomber et retomber inlassablement sur les agissements des enquêteurs ...  pourriture comprise, ... surtout !
Et Hunter va morfler.
"Saint con !"

Une chronologie et des fils tirés un à un sur les meurtres commis par l'éventreur du Yorkshire sont déroulés avec doigté pour la compréhension du lecteur.
Mais pas que : il y est aussi question de la corruption de la police, de l'ambiance grise et terne du nord de l'Angleterre et de son climat politique de l'époque.


Et si comme moi vous avez une lacune ou que votre mémoire vous fait un peu défaut sur le sujet, allez voir les informations au sujet de l'éventreur,  Peter Sutcliff qui a fait trembler l'ouest du Yorkshire du 30 octobre 1975 au 17 novembre 1980. Ici par exemple : William Peter Sutcliff.

Comme les deux précédents, ce livre m'a énormément éblouie, subjuguée par son écriture et il me reste encore à lire le dernier opus, 1983.
Je ne manquerai évidemment pas de vous en parler bientôt.

Est-ce que je conseille ce livre aux acharnés de roman noir ?
Est-ce que la question se pose ?
Lisez ce quartet et venez nous dire ce que vous en pensez.

Suite au prochain épisode .... 1983
Fabe.

"La quitte pour une autre…
Yorkshire, putain de Yorkshire…
Yorkshire primitif, Yorkshire médiéval, Yorkshire industriel…
Trois âges, trois âges de ténèbres…
Âges des ténèbres locaux…
Décrépitude locale, décrépitude industrielle…
Meurtre local, meurtre industriel…
Enfer local, enfer industriel…
Enfers morts, âges morts…
Marécages morts, usines mortes…
Villes mortes…
Les corbeaux, la pluie, et leur Éventreur…
L’Éventreur du Yorkshire…
Ce putain d’Éventreur du Yorkshire."

samedi 19 avril 2014

Green river - Tim Willocks

Éditeur - Sonatine - Date de parution 01/04/2010 (410 pages)

Green River, pénitencier de sécurité maximale au Texas. Un véritable enfer dans lequel, entre tensions raciales et violences quotidiennes, vivent cinq cent âmes perdues. Un univers sans pitié où le silence n’existe pas, l’obscurité non plus. C’est là que Ray Klein, ancien médecin, purge sa peine, en travaillant à l’infirmerie. Alors que sa libération approche, une émeute éclate dans la prison. Au milieu du chaos et de l’anarchie, Ray, qui est tombé amoureux de Juliette Devlin, psychiatre judiciaire, va tout mettre en œuvre pour la sauver alors qu’elle est séquestrée avec ses patients dans l’infirmerie.

Avec ce huis clos impitoyable peuplé de figures effrayantes, depuis John Campbell Hobbes, directeur de prison jusqu’à Henry Abbott, meurtrier schizophrène, Tim Willocks nous offre un portrait terrifiant de la vie carcérale. Il nous donne surtout un thriller prodigieux, au rythme haletant et au suspens oppressant.



Mon avis :
Le personnage central de l'histoire est Klein, appelé "Doc" par les détenus comme par les gardiens. C'est un homme fort, un caractère en acier et c'est celui qui va se battre comme un lion dans l'enfer d'une sanglante émeute qui va complètement ravager le pénitencier de Green River.
C'est aussi l'histoire d'un panoptique carcéral. La prison en elle même est une forteresse conçue pour ne laisser passer aucun coin de ciel bleu.

Tous les personnages de ce roman ont des personnalités fortes, même les plus faibles. Que ce soit Claude, ou plutôt Claudine qui gère son "couple" avec  Agry. Wilson, un noir champion de boxe. Coley, infirmier depuis trente ans .. et encore d'autres personnages haut en couleur.

Devlin, femme libérée,  passionnée et secrètement amoureuse de Klein est psychiatre à Green River. Elle travaille sur un mémoire concernant le comportement des sidéens et de l'impact d'une mort certaine en milieu carcéral. Travail qu'elle accompli avec Klein et Coley. Deux fois par semaine elle passe les portes de Green River pour se rendre à l'infirmerie et y accomplir son travail.
Elle a une autre obsession,  celle de baiser à mort avec Klein. Une obsession tenue secrète jusqu'à ce jour ...



En fait, elle avait dit à Catrin, sa copine, qu’elle avait envie de lui sucer la bite et qu’il la baise par-derrière sur le pont d’un langoustier au milieu d’une tempête pendant qu’elle passerait un bras entre ses jambes pour lui caresser les couilles.


- La prison est dirigée par un grand malade mégalomane et psychotique,  le directeur Hobbes va pousser le bouchon aussi loin que possible pour provoquer l'émeute.
Dès le début du livre ça se sent, ça pue la provocation et le sadisme. Bref Hobbes est une belle ordure !

Willocks ne fait pas dans la dentelle,  tous les personnages ont une âme noire, des cinglés prêts à tout pour un quelconque avantage. Que se soit pour un peu de confort ou de sexe.
Ah ben, parlons sexe, Tim Willocks nous le fait fort. Ce livre est un très bon roman noir mais aussi une grosse queue à lui tout seul (pour rester dans le langage de l'auteur).
À ce sujet il ne nous épargne rien. Tous les détails que vous pouvez imaginer, et même plus, sont décrits avec beaucoup de "réalisme" ...
Le langage est vulgaire pour la grosse part des dialogues mais ce sont les situations et la personnalité de la population carcérale qui l'exigent.

Par contre, niveau psychologie, c'est pointu ! Willocks en tant que psychiatre de profession décortique avec brio la psychologie de chaque protagonistes, chacun son histoire, chacun ses défauts et qualités, chacun sa façon d'agir et de penser.

Terry devint encore plus pâle. Il voulut parler, n’y arriva pas, déglutit et essaya encore.
« Alors tu vas… Je veux dire c’est pas seulement une…
— C’est ça, Dennis, dit Agry. C’est la guerre. Tonnerre des armes. Tempête du désert. La blitzkrieg. Appelle ça comme tu veux, putain. On va démolir les négros et tous ceux qui se mettront en travers. »

Cette histoire traite aussi très fortement de haine raciale et est une excellente vision de l'univers carcéral américain. Mais pas que ... c'est un roman époustouflant ! d'une grande violence !
Du début à la fin !

Agry avait l’intention d’incendier la Vallée des coureurs de fond, de la raser, et de pisser sur les cendres des nègres.

Willocks m'a bel et bien embarquée dans cette histoire que j'ai beaucoup appréciée.  C'est son premier livre écrit avant Bad City blues.

Je vous conseille de le lire ? Ben oui ! Absolument !

Fabe

jeudi 10 avril 2014

Le reflet de la salamandre - Philippe Boizart

166 pages Éditions Ex-Aequo  (24 mai 2013) Thriller




Paris, 5ème arrondissement. Une jeune femme est retrouvée atrocement mutilée dans un terrain vague le long de l’autoroute. Les sévices qui lui ont été infligés n’augurent rien de bon quant à la folie des meurtriers. Pour Camille, dont la vie privée va se retrouver intimement liée à cette affaire, et Mathias, enquêteurs au 36, Quai des Orfèvres, c’est le début d’une course effrénée contre la mort qui va éprouver toutes leurs convictions. Tour à tour chasseurs ou gibiers, les deux officiers accompagnés de Sophie, leur amie médecin légiste, vont vivre une traque infernale et bouleversante.






Mon avis :

Entre deux lectures fortes, noires et franchement excellentes, un peu de lecture plus légère avec ce thriller m'était nécessaire.
(Et là je me rends compte que pour moi, la lecture d'un thriller, c'est léger ... oups)
Le reflet de la salamandre  est un thriller court et bien structuré. Le sujet n'est pas exceptionnel, maintes fois abordé,  mais l'écriture est fluide et va droit au but.

Camille Doussey, commandant au 36 quai des orfèvres est appelée sur les lieux d'un meurtre extrêmement violent. Elle est accompagnée par Mathias, son binôme et ami dans la vie.
Après avoir passé la nuit avec Alex, un beau gars rencontré la veille, Camille est au mieux de sa forme, mais est loin de se douter de ce qui l'attend sur l'enquête qui démarre avec la découverte du corps d'une jeune femme assassinée.

La victime a été rouée de coups, violée et tailladée un grand nombre de fois. Comme si cela ne suffisait pas, le tueur a emporté son scalp !

Sur les lieux du crime, rien, pas un indice, pas une trace, pas d'empreinte. Si ce n'est un briquet ; Un zippo avec comme dessin une salamandre et le chiffre 1.

Camille manque de défaillir, ce briquet elle l'a vu cette nuit, dans les mains d'Alex. Et ce briquet est assez exceptionnel pour ne pas être fabriqué en série. Cette même nuit elle s'en était fait la réflexion.

Le tueur, pour une raison que l'on découvre au fil de l'histoire continue son œuvre, des meurtres vont encore être découverts. Des femmes, dont le tueur emmène à chaque fois le scalp !
Et comme Camille et son équipe ne connaisse pas son identité,  ils l’appelleront, Cochise ! Et pourquoi pas ?

L'histoire se déroule vite, la chronologie des faits est bien respectée.  C'est un thriller qui se lit d'une traite avec plaisir.

Si la fin ne m'a pas étonnée ni éblouie j'ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre !

Alors ... envie d'un moment de détente sans se casser la tête ?
Allez-y avec Le reflet de la salamandre !

Fabe

L'auteur :
Philippe Boizart est né en février 1973. Il est Ingénieur Territorial en voirie et espaces publics au sein de Lille Métropole Communauté Urbaine. Passionné de littérature et de poésie voici son premier thriller. Il partage son affection pour les livres avec celle qu’il cultive pour le 7ème Art depuis l’enfance.