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jeudi 18 mars 2021

Sukkwan Island - David Vann

Nature writing
Éditeur : Gallmeister 07/01/2010
212 pages


Résumé :

Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable.

Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l'âme humaine, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.


Mon avis :

Jim décide d'emmener Roy, son fils de treize ans, sur une ile non habitée accessible uniquement par bateau et seulement si la météo le permet.
Il y a une cabane où il faut tout installer, le fumoir pour les provisions pêchées, le bois pour se chauffer et tout ce qu'il faut pour y vivre un an ! Un an loin de tout, un an sans voir quiconque hormis le bateau de ravitaillement si le temps le permet. Un an dans un environnement hostile ou seule la nature a tous les droits.

L'écriture de ce roman est froide, brute, la relation entre ce père et son fils est en recherche, en construction, ils se connaissent mal et peut-être est-ce la raison de cet éloignement pour une année, c'est du moins ce que l'on pourrait penser dans les premières pages du livre.
Très vite les situations sont très difficiles, les maladresses se multiplient aussi bien dans leur survie que dans leur relation père-fils. 
Jim donne l'impression de se reposer sur son fils, ce gamin qui ne connait pas assez son père et qui devient vite déboussolé, dépassé par le comportement de celui-ci. 
Les descriptions de cet île sauvage, froide et humide rendent le récit captivant, tant par la difficulté pour y survivre qu'au niveau de leur relation. 
Au fil des pages leur solitude les éloigne l'un de l'autre jusqu'à devenir, à la limite deux étrangers qui restent solidaires car leur situation d'isolement les y obligent et puis en même temps ils sont père et fils même si ce fil qui les relient est plus que ténu.
Jusqu'à la moitié de l'histoire cela monte crescendo et à belle allure, on se demande jusqu'où D.Vann veut nous mener quand arrive l'abominable, l'impensable ! 

Cette dernière partie du livre est folie et désespoir sans être malsain outre mesure grâce à l'écriture de D.Vann. Et une fin qu'on peut sentir venir sans pour autant être déçus du voyage.

Jusqu'au bout et jusqu'à la dernière page ce sentiment de malaise m'a tenu la bouche crispée, presque ouverte, tant les situations sont tendues, à fleur de peau. Ce roman est pour moi un véritable roman noir où l'auteur donne à ces deux personnages une relation et un caractère hors norme (surtout le père).

Les mots et les images que ce roman m'a inspiré me restent très présents. 
Je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin, je compte bien en lire d'autres de cet auteur 😏
C'est un livre qu'on n'oublie pas !

Fabe

Ceci est le premier roman traduit en français de l'américain David Vann. 
"Sukkwan Island est un roman de l'auteur américain David Vann, publié en 2008 aux États-Unis, au sein d'un recueil de nouvelles intitulé Legend of a Suicide. Le roman est dédié au père de l'auteur, James Edwin Vann, qui mit fin à ses jours." (Wikipédia).
David Vann, né le 19 octobre 1966 sur l'île Adak en Alaska, est un écrivain américain.


jeudi 11 mars 2021

Une assemblée de chacals - S. Craig Zahler

Éditeur : Gallmeister
Parution le 5/10/2017
368 pages


RÉSUMÉ
Après avoir tiré un trait sur leur jeunesse de braqueurs et d’assassins, les quatre membres du “Gang du grand boxeur” mènent désormais des existences rangées et paisibles. Jim a si bien réussi à refaire sa vie qu’il est sur le point d’épouser la sublime fille d’un shérif. Mais un fantôme ressurgi du passé annonce qu'il compte s'inviter à la cérémonie et profiter de la fête pour régler de vieux comptes. La mort dans l'âme, les quatre anciens amis n'ont plus qu'à se donner rendez-vous au mariage, où il faudra vaincre ou mourir. Mais ce qui les attend dépasse de très loin tout ce qu'ils avaient pu imaginer...

Entre La Horde sauvage et les films de Tarantino, un western noir terriblement efficace.





Mon avis

Très peu habituée à lire du western, par apriori peut-être, je me suis lancée dans ce roman noir et sauvage et dès les premières lignes je sentais que ça allait me plaire.

Dans un coin de Virginie en 1888 Oswell Danford vit avec sa femme et son frère aîné Godfrey. Une vie paisible qui va être bouleversée par l'arrivée d'un télégramme qui pourrait être un message de bonheur car leur vieil ami Jim (James Lingham) se marie avec la fille du shérif et les invite au mariage, eux ainsi que Dicky, qui lui vit à New York. Les 3 hommes reçoivent le même télégramme et sont loin de se réjouir car il est stipulé dans ce message : "Toutes les vieilles connaissances seront présentes"

Chacun s'apprête à partir pour le Montana avec la boule au ventre. Oswell et Godfrey s'équipent d'armes inutilisées depuis longtemps et rejoignent sur le chemin le beau Dicky, le dandy de ces dames. on ressent dans l'écriture du roman qu'ils partent pour un voyage infernal. Oswell commence à écrire une longue lettre à sa femme au cas où il ne reviendrait pas ! Ses révélations informent le lecteur du passé de ces 4 gars surnommé "le gang du grand boxeur". Car en effet, 10 ans plus tôt ils étaient voleurs, pilleurs de banques et assassins. Ils ont été associés à Quinlan, un irlandais complètement barge, d'une rare violence redoutable et d'une mémoire infaillible, qui a des comptes à régler avec le gang ...
Quinlan les attend au tournant, de ça nos trois voyageurs ex braqueurs en sont certains, mais où, quand et comment, seul le bout du voyage le leur apprendra. Si Quinlan s'invite à la noce ils savent d'ores et déjà qu'il est fort possible qu'ils ne reviennent pas.

D'autre part l'auteur nous relate le présent, un aperçu de quelques membres de la bande de Quinlan, Pickles le dessinateur barge, les jumeaux sanguinaires dont un à perdu sa langue sous le couteau d'un indien, tout se met en place en attendant l'arrivée des frères Danford et de Dicky.
Dans cette écriture on se sent vraiment dans un western digne des films qui ont bercés notre jeunesse, mais plus noir encore car ce qui attend les trois voyageurs et leur ami Jim (le futur marié) va nous faire monter l'angoisse et l'adrénaline.

Dans ce roman il y a trois parties, la première est ce voyage avec ses raisons, ses angoisses et la confession d'Oswell.

Dans la deuxième, on fait connaissance avec Trailspur, cette ville du Montana où vit Jim et où il va se marier, ses habitants avec leurs petites vies tranquilles, où le shérif s'apprête à marier sa fille et où la plupart s'affairent à la préparation de cette union. On se familiarise avec Jim, un doux géant qui a donné pour nom à ses chiens Jésus et Marie. Jim que l'angoisse de ce télégramme a fait monter en lui se prépare aussi à revoir ses anciens amis en sachant que Quinlan n'est pas loin, qu'il est même possible qu'il le voit et l'espionne, une ambiance mitigée entre le bonheur de son mariage et la peur d'un massacre.

La troisième partie, celle qui nous révèlera la fin de cette histoire, devient de plus en plus vicieuse, machiavélique et violente. Cette confrontation attendue avec impatience qui va nous exploser à la gueule avec des images fortes, pleines de violence de rage et de folies où se mêlera aussi la vulnérabilité de certains. Le décor de cette finale y est pour beaucoup dans les images que j'ai ressenti, un endroit d'où rien de bon ne peut arriver.

J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce roman qui restera sans doute dans le haut de ma liste de préférences. Il n'est je crois pas nécessaire d'aimer ou pas les westerns pour lire cette histoire qui m'a bien fait frissonner et qui est super bien écrite.
Du début à la fin je ne me suis ni ennuyée ni égarée un seul instant.
Une chouette découverte.

Fabe

(S. Craig Zahler, né le 23 janvier 1973 à Miami (Floride), est un romancier, novelliste, réalisateur, scénariste, directeur de la photographie, compositeur et musicien américain.
Sa bibliographie : Les spectres de la terre brisée (2013) - Exécutions à Victory (2014).)

jeudi 4 mars 2021

Avant les diamants - Dominique Maisons

Éditeur : La Martinière (27 août 2020)

Broché : 528 pages



Hollywood, 1953. L'industrie cinématographique est un gâteau fourré à l'arsenic que se disputent la mafia, l'armée et les ligues de vertu catholiques. Dans ce marécage moral et politique, ne survivent que les âmes prêtes à tout. Le producteur raté Larkin Moffat est de ceux-là. Abonné aux tournages de séries B, il fait vivoter les crève-la-faim du cinéma et enrage contre ce système qui l'exclue. Jusqu'au jour où il se voit proposer la chance de sa vie. Dans cette combine dangereuse vont graviter autour de lui le major Buckman, parieur et coureur invétéré, le très ambivalent père Santino Starace, l'impresario et proxénète Johnny Stompanato. Tous vont croiser leurs destins, multiplier les manœuvres et les crimes dans ce grand cirque du cinéma américain. Alors que défilent les Errol Flynn, Clark Gable, Hedy Lamarr et autres Frank Sinatra, ce petit monde sans scrupule va s'adonner à ce qu'il sait faire de mieux : manipuler les masses et veiller à son profit.



Mon avis

Si vous aimez les romans noirs et avez envie de vous projeter dans Le Hollywood des années 50, ce livre va certainement vous plaire.
Pour ma part je l'ai lu de deux manières, comme une chronique de ce cinéma à la fois Blingbling et manipulé et comme un roman bien sombre où les acteurs ont cette noirceur de l'âme, cette volonté d'arriver à leur fin au mépris des lois, où l'argent achète tout et l'hypocrisie est obligatoire pour arriver "en haut de l'affiche".

Pour planter le décor et définir la place des acteurs de ce roman, l'auteur nous plonge dès les premières pages avec le lancement d'Annie, la bombe nucléaire testée par l'armée. On retient tout de suite le nom et le rôle du Major Bruckman et d'Annie Morrisson (pas la bombe, mais la femme qui deviendra la collaboratrice de Bruckman).
Tous deux vont être chargés de superviser les scénarios hollywoodiens de telle manière que l'armée américaine soit mise en valeur …  Les valeurs puritaines des années 50, le suppression de toutes idées communistes, ben oui c'est l'époque de la guerre froide.

Larkin Moffat producteur raté de films de troisième zone entre en lice, il fera tout pour avoir un peu de reconnaissance, pour arriver à son but de quelques manières que ce soit ! Face à cette Amérique volontairement raciste et homophobe Moffat va se démener pour arriver à ses fins. 
Au fil des pages on fait la fête avec Clark Gable, Errol Flynn, les producteurs et la Mafia. Tout ce petit monde tourne autour de la même chose, la célébrité et l'argent qui va avec.
Les femmes du livre ont un rôle prépondérant dans ce roman, la concurrence pour tourner avec tel ou tel producteur, la monnaie du sexe comme atout majeur, mais pas que …  L'auteur nous brosse des personnalités attachantes au caractère bien fouillé. Dans ce roman on ne se perd pas, la structure de l'histoire est faite de telle manière que tout les protagonistes s'imbriquent avec beaucoup de réalité dans cet imbroglio bien ficelé, Mafieux-Acteurs-Producteurs-Armée-Prêtres.

Si l'amour et quelques bons sentiments sont présents pour l'équilibre du roman, croyez vous que ce soit suffisant pour désamorcer le besoin de reconnaissance face aux paillettes d'Hollywood, face à ce besoin de reconnaissance sous les lumières des projecteurs ? Ben ça, vous le saurez en lisant "Avant les diamants".
Je ne peux pas tout vous raconter, on est bien d'accord n'est-ce pas ? 
Je rajoute quand même que la fin est explosive à souhait, un véritable final !

Pour terminer, vous aurez compris que j'ai beaucoup aimé ce roman de Dominique Maisons, auteur que je lis pour la première fois.

Fabe


mardi 10 mars 2020

Chambre 413 - Joseph Knox

Date de publication : 2 octobre 2019
Éditeur : Le Masque



« Habituellement, je ressentais la présence d’un cadavre comme une absence, mais dans ce cas précis, j’avais l’impression qu’un trou noir s’ouvrait devant moi. »
Tournant le dos à sa vie d’avant, indifférent à son avenir, l’inspecteur Aidan Waits s’est résigné à intégrer la patrouille de nuit – cycle sans fin d’appels insignifiants et de solitudes insolubles. Jusqu’à ce que lui et son coéquipier, l’inspecteur principal Peter Sutcliffe, soient dépêchés au Palace, un immense hôtel désaffecté au cœur d’une ville en ébullition. Sur les lieux, dans la chambre 413, ils découvrent un homme. Il est mort. Et il sourit. On a retiré toutes les étiquettes de ses vêtements. On a limé et remplacé ses dents. Même ses empreintes digitales ne sont pas les siennes. Seule une pièce cousue à l’intérieur de son pantalon donne un indice sur son ultime acte désespéré…
  Tandis qu’Aidan s’immerge dans le passé de l’inconnu, il se rend compte qu’un fantôme surgi du sien hante le moindre de ses faits et gestes. Mystérieux incendies, appels anonymes et menaces pures et simples : Aidan va devoir affronter ses démons avant de découvrir la                                                     véritable identité de l’homme de la chambre 413.


Mon avis :

En route pour un bon polar noir de Joseph Knox, un auteur anglais qui a écrit 2 livres, le premier : "Sirènes" que je n'ai pas lu, place donc au second.
Je me rends compte que je préfère souvent l'écriture anglaise qu'américaine, moins de testostérone et plus de recherches dans les personnages, moins de bons sentiments et plus de noirceur. Je me trompe peut-être mais tel est mon opinion à ce jour.
Dès les premières pages on plonge en plein milieu d'une sordide histoire qui se révèle être des flashes-Black et qui reviennent tout au long du récit, puis ça démarre par deux patrouilleurs de nuit qui vont là où on les appelle et enquêtent sur des feux de poubelles.
Aidan Waits est le coéquipier de Sutcliffe qu'on surnomme Sutty (en égard à l'éventreur 😏) Sutty est exécrable, il est misogyne, il se frotte les mains tout le temps avec du désinfectant, il a un foutu caractère de cochon mal élevé.  Aidan, avec un passé chargé est détesté par ses collègues et ses chef mais il est malheureusement obligé de se farcir ce coéquipier et de subir ce personnage infâme.
Si Aidan est détesté on en apprend les raisons petit à petit. Une propension à la toxicomanie et un passif lourd font qu'il est pieds et poings liés, lié à Sutty.

Appelé par une jeune fille harcelée par un journaliste du Web avec qui elle a couché, elle se plaint d'avoir été filmée par celui-ci et menacée par une vidéo qu'il aurait tournée à son insu. Aidan décide de l'aider et va trouver ce salopard. Il le fait sans trop tenir Sutty au courant vu que son coéquipier a la critique acerbe, se moque et ne supporte pas les gonzesses.
Au fil de la nuit de patrouille ils sont appelés dans un hôtel vide et mis en vente, un crime vient de s'y dérouler,  dans la chambre 413 un homme est assis, aussi mort qu'on peut l'être avec un large sourire sur sa face (d'où le titre du livre en anglais : The smiling Man).
Il en ressort que l'homme est inconnu, pas de papiers d'identité, les poches vides, hormis un petit papier cousu dans son pantalon.
Aidan et Sutty prennent les dépositions et Aidan va mener l'enquête ...
L'auteur dépeint très bien cette atmosphère pesante, glauque, et on imagine assez fort la personnalité d'Aidan, on le "sent" comme traumatisé, on comprend qu'il est sevré des drogues mais que le fil est ténu, et on se rend compte que malgré tout, c'est un homme bon.
Ça et là, de courts chapitres flashes-back évoquent son passé et l'auteur a le don de ne pas en faire trop, il distille ce qu'il faut à bonnes doses. C'est vraiment une écriture qui parle et s'infiltre dans notre imagination pour y placer des images nettes.
Pourtant Aidan est sur une corde raide, entre ses supérieurs qui le déteste, ses addictions et son assez récente séparation d'avec sa copine, il reçoit des appels anonymes et se sent épié, jusqu'à se faire exploser la tête.
Les détails sur l'enquête de "qui est l'homme au sourire ?"  sont très bien donnés par l'auteur et les rebondissements ont le rythme qu'il faut. (ce manque d'impatience contrairement aux auteurs Amerlocains😊)
Joseph Knox nous livre une histoire complète avec des passages durs, il justifie les résultats d'enquêtes et le "quoi-pourquoi-comment" des flashes-Black, cela fait du bien de lire un bon noir sans se faire arnaquer.

J'espère que mon enthousiasme sera contagieux et que les fêlés de Noir liront ce livre.

Bye et à + 😎

Fabe


dimanche 12 janvier 2020

Cirque à Piccaddilly - Don Winslow

Collection Folio policier (n° 215), Gallimard
Parution : 20-06-2001







Les choses auraient été trop simples si Neal avait pu rester à New York avec Diane et passer son examen sur Tobias Smollett. Mais la sonnerie du téléphone laissait présager une mauvaise nouvelle. Cette fois, P'pa l'envoie courir la campagne anglaise aux trousses de la fille d'un sénateur qui s'est fait la belle. D'après la photo, la fugueuse vaut bien le détour mais on n'a quand même pas idée de faire avaler des scones à la crème à un enfant de Broadway !










Mon avis :

Premier roman de D. Winslow en lecture, j'ai décidé d'aborder la série Neal Carey en commençant donc par le premier.
Neal est un jeune pickpocket de 11 ans à Broadway, il vit avec sa mère toxico, quant au père il a mit les voiles y'a longtemps déjà. Sa vie est faite de déceptions, d'abandon et de petits larcins lorsqu'il rencontre Graham.
Cette rencontre sera le tournant de sa vie, Graham va lui apprendre le "métier", il deviendra son père de la rue, celui qui lui montrera comment s'en sortir sans se faire choper. Graham le prend donc sous son aile et lui apprend toutes les ficelles du taf de détective. Suivre sans se faire voir, repérer vite fait tout ce qu'il se passe autour de lui, se fondre dans la masse, bref, tout pour devenir le meilleur. Ce qui n'empêchera pas Neal, bien au contraire, de faire des études et de se trouver une passion pour la littérature.
Graham travaille pour La Famille et sur un bon tiers du bouquin l'auteur nous raconte comment et ce que Neal apprend.

Au delà du tiers du bouquin, Neal se retrouve donc à travailler pour La Famille, par l'entremise de Graham et Kitteredge, le Big Boss banquier.



Deuxième partie du livre, l'affaire : Un gamine en pleine crise d'adolescence fille d'un sénateur à disparu et c'est à Neal que revient la tâche de ramener cette brebis égarée. Fille gâtée pourrie et rebelle, Neal va devoir la jouer fine pour mener à bien son boulot. Je ne vous dévoilerai pas les détails de l'enquête mais Neal met à profit son "éducation" pour tenter de  ramener Allie.

D. Winslow a une belle écriture où tout au long des pages  je me suis forgé des images nettes et détaillées qui ont rendues ma lecture assez attrayante.
Si l'apprentissage de Neal est assez long dans le récit, on se rend compte de l'importance de cette partie, je dirais que contrairement à certains auteurs qui nous frappent les neurones avec des éléments chocs car ils ont difficile à tenir dans les cordes , Winslow a l'art du détail et c'est très... enrichissant.

La dernière partie du livre est le dénouement de l'enquête qui ferme la boucle du premier roman de la série Carey. Un suspense pour tenter de retrouver Allie qui ...  Non non je n'en dirai pas plus 👅

Ce premier roman de Winslow ne me laissera pas un souvenir impérissable mais assez quand même pour en lire d'autres. (le suivant sera sans doute "La griffe du chien")

Place donc à Winslow dans vos piles de livres ou liseuses 👀

Fabe


jeudi 12 décembre 2019

Scalp - Cyril Herry

Romans Policier / Thriller
Romans noirs -Cadre noir
Date de parution 01/02/2018

224 pages


« Même si n’importe quel bout de terre ici-bas appartient toujours à quelqu’un, la forêt reste la forêt : pas celle des hommes, celle des mythes ; celle des rêves et des peurs. On aura toujours peur au fond des bois à la nuit venue, quoi qu’on dise. »
Hans a neuf ans. Et sa vie va basculer deux fois en l’espace de soixante-douze heures : la première quand sa mère lui annonce que l’homme auprès de qui il a grandi n’est pas son père. La deuxième quand sa mère décide qu’il est temps pour lui de partir à la rencontre du vrai, de celui qui s'en est allé il y a dix ans, Alex, qui vit maintenant en pleine forêt, loin des hommes, à quelques centaines de kilomètres de là.

Cyril Herry habite en Haute-Vienne, où il aime marcher dans les bois, pour mieux s’arrêter, parfois, et construire des cabanes. Scalp, huis clos à ciel ouvert aussi émouvant que glaçant, est son premier roman au Seuil.



Mon avis

Un rural noir bien serré ?

Cyril Herry nous conte un roman rural de France profonde, là où on "touriste" peu, là où le maire fait sa loi, là où la végétation envahit les chemins.

C'est là qu'est parti vivre le père de Hans. Parti en laissant tout derrière lui.
C'est autour et avec Hans qui a 9 ans  que se construit cette histoire.
Avec beaucoup de détails, des mots juste et un brin de poésie, l'auteur nous imprime les images de ces lieux imparfaits ou la nature est brute, où le terrain au bord d'un lac, qui n'appartient à personne, est devenu l'endroit où le père de Hans s'est installé.

Mais c'est aussi l'histoire de Teresa qui a décidé d'emmener son garçon voir ce père qui a fuit sur ce terrain en y plantant sa yourte, révéler la vérité à son fils, même si elle n'est certaine de rien.

Du haut de ses 9 ans ce môme rêve encore d'être un Huckleberry Finn, il aime la cambrousse et chatouiller le poisson, mais surtout il est venu pour voir son père, pour apprendre son histoire.
Il ne découvrira pas uniquement la yourte que celui ci habite, il apprendra beaucoup, sera confronté a des vérités et aussi à la dureté de cet endroit un peu hostile mais qu'il apprécie comme un rêve de p'tit gars ...

Autour de cela quelques personnages douteux qui ne voient pas forcément avec bienveillance cette intrusion dans leur village, vont encore noircir le tableau.
L'auteur décrit avec talent chacun des intervenants, on est happés par leurs rôles et du coup cela se lit d'une traite, que ce soit les adultes ou les enfants, ils ont tous cette particularité angoissante (mais pas trop).
Je dirais que l'auteur a su bien faire la mesure.

Un roman que j'ai beaucoup aimé, très bien écrit, ou plusieurs histoires ne font qu'une qui rendent le récit plus sombre encore.

Une belle plume noire que Cyril Herry  😉

Fabe

dimanche 2 juin 2019

La mort selon Turner - Tim Willocks

Editeur : Sonatine 11 octobre 2018


Après La Religion et Les Douze Enfants de Paris, le nouvel opéra noir de Tim Willocks.
Lors d'un week-end arrosé au Cap, un jeune et riche Afrikaner renverse en voiture une jeune Noire sans logis qui erre dans la rue. Ni lui ni ses amis ne préviennent les secours alors que la victime agonise. La mère du chauffeur, Margot Le Roux, femme puissante qui règne sur les mines du Northern Cape, décide de couvrir son fils. Pourquoi compromettre une carrière qui s'annonce brillante à cause d'une pauvresse ? Dans un pays où la corruption règne à tous les étages, tout le monde s'en fout. Tout le monde, sauf Turner, un flic noir des Homicides. Lorsqu'il arrive sur le territoire des Le Roux, une région aride et désertique, la confrontation va être terrible, entre cet homme déterminé à faire la justice, à tout prix, et cette femme décidée à protéger son fils, à tout prix.
Le fauve Willocks est à nouveau lâché ! Délaissant le roman historique, il nous donne ici un véritable opéra noir, aussi puissant qu'hypnotique. On retrouve dans ce tableau au couteau de l'Afrique du Sud tout le souffle et l'ampleur du romancier, allié à une exceptionnelle force d'empathie. Loin de tout manichéisme, il nous fait profiter d'une rare proximité avec ses personnages, illustrant de la sorte la fameuse phrase de Jean Renoir : " Sur cette Terre, il y a quelque chose d'effroyable, c'est que tout le monde a ses raisons. "


Mon avis

Connaissant le style d'écriture de Tim Willocks je me  suis jetée sur "La mort selon Turner " comme la petite vérole sur le bas clergé (j'aime la placer celle-là). Grand bien m'a fait car c'est une histoire super bien foutue avec un  contexte intéressant, car je suis peu habituée au climat du Cap-Nord.
L'auteur est précis et nous fait connaître les personnages du roman avec l'art de manier les mots qui font de lui (à mon humble avis ) un auteur de "roman noir-thriller" qui n'as rien à envier aux plus grands.
Quand Turner est envoyé à Langkopf  pour enquêter sur la mort d'une pauvre fille au pied d'une benne à ordures et devant un établissement douteux (dans le paysage tout est douteux) il constate qu'elle à été écrasée par deux fois et qu'elle n'était pas encore tout à fait morte à son arrivée, de plus elle était en possession de la carte de visite de Turner. Il démarre ses investigations et en arrive assez vite à une conclusion.
Et c'est sous cette chaleur écrasante qu'il part pour interroger et recueillir les aveux de Dirk le fils de Margot Leroux.
C'est sur ce simple "accident-délit de fuite" que commence cette histoire de dingue, ce roman noir pure jus !
Afin de trouver le Dirk en question, Turner va devoir se rencarder auprès de la police locale, il faut dire qu'en Afrique du Sud la corruption et la pauvreté est présente partout. Et même si l'apartheid a été abolie en 1994, les noirs et les blancs sont loin d'être toujours copains-copains. Bref, tout ça pour dire que Radebe Turner est noir, la fille morte est noire et Dirk Le Roux est blanc. Cela ne simplifie pas les choses.
Ça les simplifie encore moins quand on s'attaque au fils unique de Margot Le Roux. Elle possède la mine de manganèse, elle est très riche et a beaucoup d'hommes a ses ordres. Vous aurez compris que ça va foutre un beau bazar pour l'enquêteur.
Au fil de la lecture tout se met en place. Tous les passages sont super intéressants. Turner se révèle être un gars sans concession et doué pour le combat.
De fil en aiguille l'atmosphère de l'histoire s'épaissit et toujours avec une écriture fluide qui nous plonge petit à petit dans ... le plus noir encore.
Mais franchement,  plus noir que le fameux passage de la seconde moitié du bouquin, tu meurs.
Un passage à ne pas lire si vous êtes une petite nature. Et tout ça avec précision et détails écrit par un spécialiste. 




Ben oui, Tim Willocks n'est pas qu'auteur de roman noir. Psychiatre, artiste peintre, chirurgien et maître en arts martiaux ...   Bref il met ses connaissances au profit de ses histoires.
Alors si vous ne l'avez pas encore lu, allez y c'est de la bombe.

Fabe

Déjà lu :  Green river - Bad city blues - Les rois écarlates.